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Burkina Faso/Le ministre en charge de l’éducation: la journée continue peut revenir

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C’es aujourd’hui que les élèves du Burkina Faso reprendront officiellement le chemin de l’école. A l’orée de cette rentrée scolaire, le ministre de l’Education nationale et de l’alphabétisation, Jean Martin Coulibaly, sans langue de bois, dévoile sa stratégie pour une rentrée réussie. Dans cet entretien, il évoque également les problèmes majeurs qui minent le système éducatif, les éventuelles sanctions prévues contre les maîtres, principaux «bourreaux» de leurs élèves…

Sidwaya (S) : L’année scolaire 2016-2017 s’est achevée, il y a quelques mois. En termes de bilan, que peut-on retenir ?

Jean Martin Coulibaly (J.M.C.): L’année 2016-2017 a été une année quand même particulière pour le Burkina Faso. Je voudrais évoquer surtout la situation que nous avons vécue au Nord qui était une première dans ce pays et saluer véritablement l’engagement de toute la communauté éducative ainsi que les mesures de sécurisation qui ont été prises par les plus hautes autorités, que ce soit au niveau du ministère de la Défense et du ministère de la Sécurité. Nonobstant toutes ces mesures, la communauté éducative elle-même, a fait preuve de résilience.Il y a eu comme un cri du cœur ou chaque acteur a décidé de ne pas accepter cette situation et de se battre contre cette forfaiture. Cela nous a permis de conduire l’année scolaire à son terme et de tenir les examens. C’est normal, la situation a eu un impact sur les résultats de la région du Sahel. Mais, nous avons tenu les examens comme d’habitude. Ceci pour dire que pour nous, c’est une année scolaire qui s’est bien passée avec des résultats que l’on sait. Vous connaissez ma position personnelle par rapport à la lecture de ces résultats. Je n’en suis pas satisfait et nous continuons à travailler pour trouver les leviers pour améliorer nos résultats scolaires. Ce n’est pas seulement la question des examens, mais on voit bien qu’au-delà, il faut apprendre à nos enfants à vivre dans un monde qui est perpétuellement changeant. C’est cela aussi le rôle de l’école. Un taux de 23% ou 33% de réussite au BEPC ne doit pas être le seul indicateur pour mesurer la qualité de notre système éducatif.

S : Comment se prépare la rentrée 2017-2018 ?

J.M.C. : La rentrée se prépare très bien. Nous avons fait la rentrée anticipée au Sud-Ouest en raison du 11-Décembre qui sera organisé dans cette région, cette année. A l’occasion, généralement lors des festivités, on réquisitionne parfois les écoles pour héberger ou pour organiser des manifestations. Nous avons souhaité que durant ce temps nous ne perdions plus des heures d’enseignement. Dans cette zone, la rentrée administrative a eu lieu le 8 septembre, et la rentrée pédagogique le 18 septembre dernier. Au niveau national, la rentrée pédagogique aura lieu le 2 octobre 2017 à Djibo. Au niveau organisationnel, nous sommes en train de nous préparer. Globalement tout est fin prêt, les orientations ont été données. Les objectifs de cette année, c’est de mettre beaucoup plus l’accent sur l’encadrement. Nous avons accompagné beaucoup l’encadrement au niveau du primaire et également au niveau des autres ordres d’enseignement parce que nous pensons que l’amélioration et la qualité passent par là. Il faut que nous ayons un dispositif de suivi et de contrôle de ce qui se fait qui est vraiment opérationnel et efficace. La deuxième orientation, c’est de réduire tous les champs d’activités où, nous avons eu pas mal de difficultés que sont, entre autres, les questions de mandatement, de frais de scolarité, d’heure de vacation, d’affectation. Toutes ces questions feront l’objet d’une attention particulière pour continuer à améliorer le service rendu aux usagers à ce niveau. Pour la troisième dimension, nous mettons aussi l’accent sur l’enseignement et la formation technique et professionnelle.En effet, une des missions qui nous est confiée, c’est de faire en sorte que progressivement le plus grand nombre de nos enfants apprennent plutôt un métier que de faire un diplôme de l’enseignement général.

S : Cette année encore, des écoles ont enregistré un taux d’admission de 0% au CEP. Votre commentaire?

J.M.C. : Pour les zéros admis, il n’y a pas de miracle. Zéro admis veut dire deux choses : soit l’enseignant n’a pas été présent, soit il a été présent et n’a rien fait. J’ai l’habitude de dire que la théorie de l’évolution veut que nos enfants soient plus intelligents que nous. Donc, il n’y a pas de possibilité que ces enfants, qui ont tous échoué soient moins intelligents que les autres enfants. Cela signifie qu’on ne leur a rien appris. Et j’ai dit tantôt que par rapport à la journée continue, ce n’est pas la mesure qui est le problème. Mais, plutôt comment continuer d’égayer et d’éveiller l’attention des enfants. Si vous-mêmes vous êtes à cours d’idées, forcément il ne se passera rien. L’enfant va s’endormir. Mais, si vous mettez des choses qui sont attractives pour l’enfant, il n’y a rien à faire. Un enfant de 7 ans, peut jouer jusqu’à aller s’écrouler de sommeil. Il n’y a pas un problème de rythme. Le rythme, c’est nous qui l’inventons. Ce sont les enseignants qui veulent une pause. Mais cela n’est pas lié à l’enfant. Il y a des écoles qui font la journée continue, mais qui font d’excellents résultats. Donc, ce n’est pas un miracle. C’est le travail, l’intérêt qu’on a pour l’enfant, l’amour qu’on a pour lui qui le fait grandir et lui permet d’apprendre.

S : Peut-on s’attendre à des sanctions pour changer la donne ?

J.M.C. : Bien sûr qu’il faut aller à la sanction, mais il ne faut pas trop de précipitation, dans l’analyse des situations. Si vous regardez l’enseignant qui est dans cette situation, est-ce qu’il a eu l’accompagnement de l’encadreur qui devait l’encadrer et qui doit venir s’assurer qu’il a bien fait ses préparations de leçons et si elles sont bien en ligne avec le programme, la période et la matière. Il ne faut pas demander à un enfant de 7 ans de s’asseaoir pendant 1h à écouter un adulte qui est devant lui et qui fait un cours magistral. Cela ne fonctionnera pas. Il faut avoir une bonne lecture de la situation et après aller aux sanctions parce que souvent, c’est bien d’accompagner la personne à se requalifier et vous le rattraperez pour en faire peut-être un bon élément. Il ne faut pas prendre immédiatement des grandes mesures et perdre quelqu’un qui était peut-être de bonne volonté.

S : Au regard de toute cette situation, la suppression du CEP est-elle toujours à l’ordre du jour ?

J.M.C. : Le CEP est un examen qui, pour le moment, a une double fonction. La première fonction est sociale. Car, aujourd’hui on fait toujours des concours en référence au CEP. Donc, cela veut dire que si du point de vue de la vision politique, on doit supprimer le CEP, pour ces questions de reconnaissances sociales, nous supprimons un maillon. Il faut analyser cela, dans tous ces contours. Ce ne sont pas des décisions qu’il faut prendre à l’emporte-pièce. Deuxièmement, le CEP organisé à l’échelle nationale reste un des indicateurs pour mesurer ce qu’apprennent nos enfants. On sait ce qu’on leur enseigne. Mais qu’est-ce qu’ils apprennent ? Il faut trouver le moyen d’avoir toujours des indicateurs à ce niveau. Lorsqu’on organise un examen au niveau national ou tout le monde compose le même sujet, c’est ainsi que vous avez des éléments de comparaison. S’il n’y a pas le CEP, comment peut-on savoir que l’élève de Tampouy a appris la même chose que celui de Bobo-Dioulasso ? C’est une question de fond et je pense qu’il y a eu des réflexions. Il faut poursuivre la réflexion et à un moment donné comme certains pays l’ont fait soit on saute le pas, soit on dit après avoir analysé l’ensemble des facteurs, que le Burkina Faso n’a pas d’objection à continuer à faire le CEP.

S : Une liste des établissements privés reconnus au Burkina Faso a été récemment publiée. A l’orée de cette rentrée scolaire, quel sort sera réservé aux écoles qui ne figurent pas sur cette liste ? 

J.M.C. : D’abord, l’intérêt de publier cela, c’était de dire aux parents, de ne pas aller se compromettre dans des situations qu’ils ne connaissent pas. Habituellement, on nous reprochait de ne rien faire face aux établissements pirates. Nous avons voulu pour une première, dire aux parents, voilà les établissements qui sont conformes aux normes telles que le ministère les édicte et supervise. Nous demandons donc que les parents dans un élan de responsabilité s’adressent prioritairement à ces établissements qui sont reconnus où, nous savons qu’il se fait un travail qui est conforme à ce qui doit se faire. Mais, au-delà, pour ce qui est des établissements pirates, nous faisons des contrôles. Lorsque nous en découvrons, nous appliquons les dispositions du cahier de charges. Si, ce n’est pas respecté, nous fermons. La difficulté, c’est comme je l’ai toujours dit, dans un dispositif qui est aussi grand, nous ne pouvons pas avoir un contrôle total. C’est-à-dire qu’il faudrait mobiliser des moyens absolument impressionnants pour arriver à faire un contrôle de tous ceux qui existent à Ouagadougou, à Koudougou, à Bobo-Dioulasso,… à travers tout le pays. C’est un travail qui n’est pas possible. Sinon, le rapport moyen et les résultats ne seront pas pertinents. Donc, nous faisons des sondages. Je disais comme l’année dernière aux gens de nous aider en dénonçant des situations qui sont irrégulières et qu’ils viendraient donc à constater.

S : D’aucuns estiment que l’Etat a délaissé le secteur de l’éducation depuis belle lurette. En témoigne cette« pagaille ». Quel est votre avis sur la question ?

J.M.C. : Je pense que ceux qui apprécient de cette façon ne se sont jamais ouverts à d’autres systèmes. Vous prenez l’éducation en Hollande, elle est complètement privée. Il n’y a pas d’école publique en Hollande par exemple. L’Etat subventionne, mais, il donne à des structures, la latitude d’organiser l’éducation. Même dans les programmes, l’Etat n’intervient pas. Ce sont ces associations qui regardent avec les communautés et les communes ce qu’il faut enseigner dans les différents ordres. Quand on dit que c’est le rôle régalien de l’Etat d’éduquer, cela ne veut pas dire que c’est l’Etat qui doit tout faire. L’Etat doit organiser le cadre. Dans notre système, l’Etat à des écoles, c’est bien. Mais que les privés offrent aussi des espaces d’éducation, c’est à encourager. Surtout dans notre contexte où, la demande est très forte. Malgré tout cela, tous les enfants burkinabè ne vont pas à l’école. Donc pourquoi, aujourd’hui, refuser aux privés de permettre que des enfants burkinabè soient scolarisés. C’est une absurdité.

S : Où en sommes-nous avec la normalisation des écoles sous paillote ?

J.M.C. : L’engagement qu’a pris le président du Faso, c’est que d’ici à 2020, les 4353 salles de classes sous paillotes qu’on avait recensées pendant la campagne électorale ne soient plus sous paillote. Donc sur cette trajectoire, en 2016, nous en avons résorbées près de 450. C’est ce que le ministère a engagé directement en termes de passations de marché. En 2017, nous en prévoyons 750. Mais en dehors de cela, dans les ressources que l’Etat transfère aux collectivités, parce que vous savez que l’éducation en sa partie préscolaire et primaire fait partie des compétences que nous transférons aux communes. Et, la loi dit qu’on doit transférer au minimum 10% des ressources aux communes. Nous sommes l’un des ministères qui respecte cela. Nous transférons même un peu plus de 10%. Nous avons transféré, l’année dernière par exemple, 22 milliards de F CFA aux communes pour qu’elles construisent aussi des salles de classe en résorption des classes sous paillote. Donc, le bilan que nous avons c’est celui du ministère. Nous devons dresser le bilan aussi avec les communes parce que vous savez que la capacité des communes en termes de passation de marché est encore assez faible. Par exemple, j’ai dû instruire ma direction des marchés publics de monter tous les dossiers types de passation de marché sur toutes les ressources que nous avons transférées, que ce soit pour la cantine, les infrastructures, les réhabilitations, les fournitures qu’on donne aux élèves. Et cela a été fait et nous avons pu donner à chacune des communes une clé USB contenant ses éléments. Donc, il y a des choses comme cela qui ont été faites sur lequel nous n’avons pas besoin de faire du bruit. Mais, c’est sur le terrain que l’on constate que les choses avancent.

S: Récemment, un décret conjoint a mis fin à la journée continue dans les établissements scolaires. Est-ce à dire que la précédente mesure n’a pas produit les résultats escomptés en termes d’efficacité et de rendement scolaire ?

J.M.C. : Non. L’année dernière quand je suis arrivé, j’ai trouvé que mes prédécesseurs avaient pris un arrêté instituant la journée continue et qui n’était pas tout à fait entrée en vigueur. J’ai demandé qu’on l’applique. Parce qu’un texte qui est pris, on l’applique ou on l’abroge. J’ai demandé aux collaborateurs, qu’à partir du moment où, le texte a été pris par des devanciers, c’est qu’il y a eu des concertations. Et, nous en arrivant, on ne peut pas le remettre en cause. L’administration est quand même une continuité. Beaucoup de gens étaient contre. Nous avons donc essayé et tiré les leçons. Deux leçons sont principalement à tirer. Un certain nombre d’acteurs estiment que c’est compliqué parce que cela ne tient pas compte sur le plan technique du rythme d’apprentissage des enfants et du rythme au niveau scolaire. De ce point de vue au niveau technique, j’ai dit que je n’adhère pas du tout à cette appréciation. Parce qu’ailleurs, cela se passe ainsi et le rythme d’un enfant de 7 ans n’a aucun problème par rapport à une journée continue. Si vous avez un enfant de 7 ans, vous verrez que c’est vous qui voulez faire la sieste sinon lui, il est toujours dans l’activité tant qu’il est intéressé. La question,c’est comment on fait pour intéresser l’enfant à des activités. Donc ce n’est pas une question de rythme. Deuxièmement, c’est l’argument auquel, j’ai le plus adhéré et qui nous a amené à prendre la décision de suspendre cette mesure cette année. C’est-à-dire qu’il nous fallait mettre en place un certain nombre de mesures d’accompagnement. D’abord pour les enseignants eux-mêmes. L’enseignant qui venait et qui repartait à midi pour revenir à 15h, on lui dit de rester sur place. Qu’est-ce qu’il mange ? Où est-ce qu’il mange ? Est-ce qu’il mange à la cantine des élèves ? S’il doit rester, est-ce qu’il y a un lieu qui est aménagé pour que tous les enseignants restent ? Ce sont ces questions qui n’ont pas été prises en compte. Ensuite, comment s’occuper des enfants durant le temps qu’ils restent à l’école ? On a vu que nous n’avions pas pris toutes les dispositions pour que la cantine soit efficace partout par exemple. Donc, effectivement sur ces questions, j’ai pris acte et j’ai dit qu’on diffère.Ça nous permet de mieux nous préparer, mais j’ai dit aux gens, qu’il n’est pas impossible que la journée continue revienne quand on aura mis en place tous les éléments qu’il faut. Si vous êtes attentif, cela pose des problèmes à d’autres acteurs que sont les parents d’élèves qui travaillent en journée continue. Prenez une ville comme Ouagadougou, où, on a la plupart du temps des fonctionnaires de notre pays. Certains se demandent comment, ils vont gérer. L’enfant doit être à 7 h30 à l’école, moi je dois être à 7 h au bureau. Je fais comment ? L’enfant doit finir à midi et moi à 14h30. Je fais comment ? Je dois aller le chercher et l’amener à la maison. S’il doit manger, cela veut dire que moi-même, je fais une pause qui est plus longue que celle qui est prévue. C’est vrai que cela pose un problème. Mais du point de vue organisationnel, toutes les dispositions n’étaient pas mises en place. Et même pour cette rentrée 2017, nous n’étions pas tout à fait prêts parce que cela fait un an et demi que nous sommes là. Donc, ce sont ces éléments qu’il nous faut vraiment travailler à mettre en place.

S: Depuis un certain temps, on assiste à une certaine accalmie chez la plupart des syndicats de l’éducation. A ce jour, quel est le point des négociations ?

J.M.C. : Les partenaires sociaux, dès que nous sommes arrivés, nous avons eu une rencontre avec eux. Ce qui les avait d’ailleurs étonnés. Moi, j’ai un principe qui est simple. Si on dit partenaires sociaux, pour moi le mot partenaire à un sens. C’est-à-dire que nous travaillons ensemble. Nous ne sommes pas des adversaires, pas des ennemis. Nous sommes des partenaires. Et, si nous sommes des partenaires, je souhaite que nous instituions un cadre de concertation régulier entre nous, pour faire le point des préoccupations qui sont les nôtres dans le secteur de l’éducation. C’est ce que nous avons fait. Donc, nous avons un cadre de concertation tous les trimestres où, nous nous rencontrons. Avec mes collaborateurs, nous faisons le bilan de ce que nous avons fait et mis en place comme actions. Nous leur donnons aussi des informations sur les réponses que nous avons pu trouver aux différentes plateformes que les uns et les autres nous ont soumises. Et indépendamment de cela, il y a des rencontres qu’ils sollicitent soit pour une audience pour présenter leur bureau, soit pour présenter un évènement qu’ils organisent. Par exemple, j’ai été agréablement surpris, juste à la fin de l’année scolaire de voir que des syndicats organisent une formation sur des aspects pédagogiques et didactiques pour leurs membres. Je suis allé participer, les féliciter et les encourager d’ailleurs à élargir ce type de formation à plus d’acteurs de l’éducation, car, cela va dans le même sens que ce que fait le ministère. C’est ce dialogue continu qui fait que les deux partenaires que nous sommes, avançons dans la même direction. Et j’ai toujours dit que ma porte était ouverte et chaque fois qu’il y avait une autre situation un peu plus difficile, ils sont toujours venus à moi et nous regardons ensemble si objectivement, on peut apporter une réponse. Je dis toujours que ce sont d’abord des agents du ministère avant d’être des syndicats. Donc, ils connaissent aussi bien, les capacités du ministère à donner des réponses aux préoccupations qui se posent. Donc, nous regardons ensemble et voyons, ce qui est faisable, je m’engage et quand ce n’est pas faisable aussi, on se dit la vérité parce que ce n’est pas la peine de prendre un engagement qu’eux mêmes savent en premier lieu que le ministère ne peut pas tenir.

S : La question des mandatements, des avancements et des reclassements demeure toujours une des difficultés de votre département. Qu’est-ce qui est envisagé pour régler définitivement cette question ?

J.M.C. : J’analyse le sit-in de ce matin (ndlr : des nouveaux professeurs étaient en sit-in devant le ministère, le 25 septembre pour exiger leur mandatement), dans le sens d’une certaine liberté qui a été retrouvée dans ce pays. La liberté d’agir, la liberté de s’exprimer et chacun effectivement s’estime être au courant de ses droits et être informé de ses devoirs et connaît le texte, etc. Qu’est-ce qui s’est passé ce matin ? En fait le problème, ce n’est pas au niveau du ministère. Tout le travail qui doit être fait au niveau du ministère a été effectué. Le gouvernement a décidé de la bancarisation totale des salaires. Donc, il y avait un travail de bancarisation à faire à la solde. Il y a eu des communiqués au mois de juillet et d’août leur demandant de fournir tous les dossiers à la solde pour pouvoir être bancarisé. C’est au niveau de la Solde que le problème se pose. La Solde soit n’a pas eu tous les éléments, soit ne les a pas eus à temps. Ce qui est sûr, le constat c’est qu’à la fin de ce mois, le mandatement n’était pas effectif. C’est ce qu’ils ont voulu dénoncer. En réalité ce que le personnel du ministère peut accélérer, il le fait. Mais, ils doivent aussi se rendre compte que nous sommes réellement dans un environnement administratif avec le moyen de travail qui est celui qu’ils connaissent depuis toujours. Je veux vous donner un exemple. L’an dernier pour les questions de correction d’indemnités dont on m’a saisi quand j’étais à Djibo. Les enseignants ont dit, qu’ils souffrent doublement. J’ai fait la situation. Il y avait au moins 2000 dossiers qui n’étaient pas traités parce que la connexion n’était pas bonne et parce que tout cela est informatisé aujourd’hui. Si vous êtes à Djibo, pour corriger, il faut que les responsables des ressources humaines de la direction provinciale saisissent un certain nombre d’informations. Il faut que le responsable provincial de la direction générale du budget, donc du ministère des Finances saisisse une partie des informations et il faut que le responsable de la fonction publique saisisse l’autre partie des informations. Lorsqu’il n’ya pas de réseau, qu’est-ce que ces acteurs peuvent faire ? Cela devient un problème qui est plutôt macro que micro au niveau du ministère. Nous avons recensé tous les dossiers à travers toutes les régions qui avaient une faible couverture téléphonique parce que le réseau passe par le téléphone et nous les avons amenés à Ouagadougou pour les traiter. On s’est retrouvé avec près de 12 000 dossiers. Quand, j’ai demandé aux agents de les traiter, ils m’ont dit que ce n’est pas leur travail. Il faut mettre en place des conditions particulières, sinon, ils ne vont pas le faire.Voilà, les conditions dans lesquelles, on arrive à régler ce genre de problèmes. Nous avons discuté avec eux pour voir dans quelles conditions, ils peuvent accepter de faire ce travail. Et tous ces 12000 dossiers ont été corrigés.

S : Ces dernières années, l’incivisme s’est révélé comme étant l’un des problèmes majeurs du milieu éducatif. Les actions entreprises pour mettre fin à ce fléau ont-elles produit les résultats escomptés ?

J.M.C. : Les mesures que nous prenons ne peuvent pas produire de façon isolée les résultats escomptés. La question de l’incivisme est une question sociétale. A la maison vous pouvez éduquer votre enfant à être civique, poli. Mais,quand il franchit votre porte, vous ne maitrisez plus ce qu’il apprend, ni ce qu’il vit. Si vous avez un voisin qui utilise de gros mots, votre enfant va les apprendre malgré vous. Pour changer la donne, l’éducation est la bonne voie, nous devons prendre conscience que c’est ce que nous faisons vivre à nos enfants qui les rend civiques ou inciviques. Si vous brûlez le feu avec votre enfant derrière votre moto, l’enfant aussi apprend qu’on peut brûler le feu. Mais, si vous respectez le feu, l’enfant va se dire que lorsque, c’est rouge, on ne passe pas. C’est ce qu’il va apprendre. 

S : Un acte d’incivisme, c’est malheureusement, les enseignants qui engrossent de plus en plus leurs élèves sans être inquiétés.Est-ce qu’il y aura des sanctions contre les éventuels fautifs ?

J.M.C. : Les sanctions vont tomber. Je peux vous l’assurer. En tant que ministre de l’Education, je pèserai de tout mon poids au niveau du conseil des ministres ou au niveau du chef de l’Etat. 

S : Quelles pourront être ces sanctions ?

J.M.C. : Ce sont les textes qui disposent des sanctions. Il y a d’abord la loi 081 qui décrit les sanctions encourues par ce genre de cas. Mais également par rapport à la déontologie du métier, ces cas sont clairs. Ce qui est regrettable, c’est de constater qu’au niveau de l’éducation, on ait ce genre de situations totalement inadmissibles. C’est difficile à accepter que quelqu’un, à qui des parents et toute la communauté ont fait confiance en confiant l’éducation de leur enfant se retrouve dans une espèce de dérèglement. Il n’y a pas de mots pour qualifier cette situation. Je l’ai toujours dit, un enseignant qui se rend coupable d’une telle forfaiture n’a rien à faire dans l’éducation. Si, tu es éducateur et tu n’as pas pu voir qu’ici, c’est une ligne rouge, cela veut dire que tu n’as rien à faire dans l’éducation. 

S : La région du Sahel est en proie à de multiples attaques terroristes. Est-ce que vous pouvez rassurer les enseignants que cette rentrée, ils peuvent aller donner le savoir aux élèves sans problème ?

J.M.C. : Ce n’est pas seulement les rassurer. C’est comme je l’ai dit l’année dernière, nous n’avons plus le choix que de nous organiser face à cette situation parce que le gouvernement au plus haut niveau a pris toutes les dispositions. Je crois que le chef de l’Etat ordonnera toujours que toutes les mesures nécessaires soient prises pour que les populations dans cette zone se sentent en sécurité. L’année dernière, c’est ce qui a permis aux enseignants de conduire l’année jusqu’à terme. C’est un défi qui est devenu un peu mondial. Le Burkina est victime comme d’autres pays. Le Burkina organise sa défense avec les moyens qu’il a. Mais, nos forces de défense qui sont à féliciter ont abattu un très grand boulot l’année dernière. Je crois que ce travail se poursuit. Donc nous pensons que nous aurons un environnement sécuritaire propice au travail. Nous devons tous souhaiter et nous impliquer pour reconquérir cette sécurité dont nous avons tous besoin pour après envisager le développement.

S : A l’orée de cette rentrée scolaire, quel message avez-vous pour tous les acteurs de l’éducation ?

J.M.C. : C’est d’abord un message d’encouragement, de reconnaissance du travail et de la responsabilité importante qui nous est confiée à tous. Quel que soit le niveau auquel nous intervenons, que nous soyons enseignants ou encadreur, agent au bureau ou autre responsable dans une fonction, chacun de nous doit faire son travail dans la probité et l’engagement. C’est ce qui va faire bouger le système. Cet engagement est encore plus vital pour l’enseignant qui est face aux élèves. Parce que sa responsabilité est plus importante que n’importe quel autre acteur de l’éducation. Les enfants s’identifient à leur maître. Si, le modèle que prend l’enfant n’est pas le bon, la société perd un membre qui va la consolider. Je voudrais dire aux enseignants de prendre conscience de la responsabilité lourde qu’ils ont d’éduquer nos enfants. S’ils sont là où ils sont, c’est parce qu’ils méritent notre confiance à tous. Et, nous leur souhaitons de l’intégrer au point de la mériter effectivement.

 

Sidwaya 

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