La musique classique rend-t-elle les bébés plus intelligents

La musique classique rend-t-elle les bébés plus intelligents ?

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Entre cris et gazouillis, la salle Gaveau a accueilli son premier “Bébé Concert”. Le concept n’est pas nouveau, pas plus que l’idée que faire écouter de la musique classique à un enfant est bon pour son développement cognitif. Pourtant, sans la battre en brèche, des spécialistes la tempèrent.

Drôle de tableau ! Un orchestre symphonique réduit, un piano, et tout autour, sur la scène ou aux premiers rangs, des parents avec leurs bébés dans les bras. Bienvenue au premier “Bébé Concert” de la salle Gaveau. Une demie-heure rythmée par le deuxième mouvement du concerto en fa mineur de Chopin joué par David Kadouch et l’Orchestre Lamoureux (et choisi pour son caractère mélodieux), puis par quelques comptines chantées par le chef Laurent Goossaert, et le public. Âgés de 0 à 3 ans, les bébés réagissent chacun à leur manière : certains semblent à l’écoute, ou fascinés par la beauté des instruments mis en valeur par la lumière rose-orangée de la salle, d’autres babillent, crient, ou cherchent à s’évader à quatre pattes.

Dans le discours de quelques parents, apparaît en plus l’idée que l’écoute de la musique classique, puis son apprentissage, est bonne pour le développement cognitif de l’enfant. Marie de Lombardon est responsable du développement à l’Orchestre Lamoureux. Elle explique avec enthousiasme avoir importé le concept du Japon, où était allé l’orchestre lors d’une tournée. Elle se souvient d’un concert dans une salle « remplie de plusieurs milliers de bébés » : « On nous avait dit : « Vous allez vous retrouver dans une salle vraiment silencieuse. Les bébés vont être très concentrés, c’est la magie de la musique ». Et en fait, c’était tout le contraire, les bébés jouaient, criaient, pleuraient, comme d’habitude, et c’est ça qui était amusant. » A l’origine de ce projet donc, aucune revendication d’un caractère supérieur de la musique classique. Même si la jeune femme estime que celle-ci est un genre « tout à fait adapté » pour les bébés, mentionnant quelques études publiées sur le sujet. Si l’impact cognitif (moteur, perceptif, mémoriel…) de l’apprentissage de la musique est scientifiquement avéré, au même titre que pour le jonglage, les échecs, et bien d’autres activités, qu’en est-il réellement de l’impact de l’écoute musicale sur le développement de l’intelligence ? Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il explique que peu d’études ont été réalisées sur l’impact de la stimulation musicale sur les fœtus et nourrissons. Jusque là, celles-ci ont quand même montré que les nourrissons étaient capables de distinguer la dissonance de la consonance, qu’ils préféraient les sons harmonieux. « Même si on n’est jamais complètement sûrs d’un caractère précâblé, ou inné, d’un point de vue perceptif du cerveau des bébés. Peut être que la consonance est quelque chose de naturel et de précâblé« , souligne Hervé Platel. Concernant l’impact cognitif des stimuli musicaux, la science a là-aussi du mal à se prononcer. Le neuropsychologue avance simplement que des études ont été menées sur les bébés prématurés, montrant que la récupération cognitive et la maturation cérébrale se faisait plus rapidement chez les bébés stimulés par la musique : « ça laisse à penser que la stimulation musicale est positive pour le développement des apprentissages futurs, mais c’est plus une hypothèse qu’on entend à confirmer avec cette expérience clinique, qu’une confirmation qui aurait pu être faite par une étude de stimulation de bébés non prématurés, in utero. »

« L’effet Mozart », une idée qui a la peau dure

En fait, l’idée coriace que la musique classique serait idéale pour le développement cognitif est héritée tout droit d’une étude publiée par l’équipe d’un certain docteur Frances Rauscher dans la revue Nature en 1993. Une étude sur « l’effet Mozart », qui prétendait prouver que l’écoute d’œuvres du célèbre viennois rendait plus performant dans les tâches spatio-temporelles Un mythe qui aurait ensuite été plus ou moins déconstruit par la communauté scientifique. Car Mozart, et plus globalement les compositeurs classiques, ne sont pas les seuls à pouvoir donner le la en matière de stimulation cognitive. Ainsi, à en croire Hervé Platel, des musiques très variées ont été utilisées dans le cadre d’études sur l’animal. Du classique, au new age en passant par la musique électronique… toutes ont eu un effet sur la neurogenèse des animaux en augmentant la création de neurones dans des régions du cerveau comme l’hippocampe : « A partir du moment où la musique n’est pas diffusée trop fort et qu’elle ne constitue pas un stress pour l’animal, ça fonctionne positivement. On peut s’attendre au même effet pour le fœtus. »

hislaine Dehaene, pédiatre, fait des recherches sur le développement cérébral du nourrisson, essentiellement sur le langage. Elle est du même avis que le neuropsychologue. « L’effet Mozart a été de nombreuses fois contesté, et l’idée d’une supériorité de la musique classique (évidemment occidentale) me semble relever d’un reste de colonialisme très connoté XIXe siècle. »

Elle estime que tout est question de référentiel, et que des enfants élevés dans une autre culture « vont peut-être préférer écouter de la musique classique chinoise, ou de la musique munduruku, que de la musique classique occidentale ». Ce choix étant aussi, d’après elle, très influencé par ce que la mère a écouté pendant la grossesse :

Finalement, la pédiatre préconise avant tout aux parents de « tenter de se faire plaisir s’ils veulent faire plaisir à leur bébé. Il ne faut pas qu’il y ait de caractère d’obligation« . Et si L’Orchestre Lamoureux cherche aujourd’hui à démocratiser le classique en menant, par exemple, des actions culturelles auprès d’un jeune public à Pantin (« Le Grand Manège Des Petits Riens », projet pédagogique mené en 2015), gageons justement que c’est exclusivement pour le plaisir et la joie du partage.

Source : franceculture.fr

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