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Saisie de 40 tonnes de faux médicaments : Soulagement et crainte chez les population

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le Ministère ivoirien de la Santé a procédé à la saisie d’environ quarante tonnes de faux médicaments à Adjamé-Roxy, un quartier populaire d’Abidjan, lieu de prédilection de la vente de médicaments de la rue. Cette opération qualifiée de ‘’grande victoire’’ par la ministre de la Santé, Raymonde Goudou Coffie, est déplorée par certains et saluée par d’autres.
«C’est une grande victoire du Ministère de la Santé. 40 tonnes de faux médicaments ont été saisies», s’est réjouie la ministre Coffie-Goudou, lors d’un point-presse, le jeudi 4 mai 2017 à Abidjan, promettant une action pérenne contre le cartel qui jusque-là détenait le marché de la vente de médicaments illicites. La ministre de la Santé qui dit ne pas comprendre comment il peut avoir en Côte d’Ivoire un marché à ciel ouvert de vente de médicaments illicites, a expliqué les raisons pour lesquelles la destruction de ce marché a mis du temps. «La destruction a mis du temps afin que l’action qui sera menée soit pérenne pour ne pas que cela reste un effet d’annonce. C’est la raison pour laquelle nous avons pris notre temps pour sensibiliser les 8 000 femmes qui étaient sur le marché», a-t-elle indiqué également. En tout cas, la destruction de ce grand marché de faux médicaments est une bonne nouvelle pour nombre d’acteurs du secteur de la Santé, quand on sait que ce marché à lui seul représente 30% des ventes de médicaments en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, à cause de cette activité illicite, le secteur pharmaceutique légal enregistre chaque année une grande perte, à en croire l’ordre des pharmaciens. Cette perte est estimée de «40 à 50 milliards de francs CFA (76 millions d’euros) dont plus de 5 milliards destinés à l’Etat». «C’est une bonne nouvelle pour nous qui exerçons dans l’industrie pharmaceutique, car ces médicaments nous font la guerre», a affirmé un jeune pharmacien de la place, espérant que ce combat portera ses fruits. Benjamin Nambala Touré, médecin-commissaire, président du Cotramed, structure ayant piloté l’opération de saisie de médicaments au marché de Roxy, a pour sa part donné les raisons qui ont amené le Ministère de la Santé à entreprendre une telle action. «Ces médicaments sont conservés dans des conditions qui ne sont pas bien. Il y a la chaleur et autres. Même si ça avait été de bons médicaments au départ, les conditions de conservation dénaturent la qualité de ces médicaments. Et là ce sont des médicaments qui sont fabriqués dans des conditions qui ne sont pas connus et ça fait beaucoup de mal à la population. Un Etat ne peut pas rester insensible ou du moins passif face à cette situation. C’est une suite logique dans les actions que mène madame la ministre de la Santé à l’encontre des vendeurs de médicaments de mauvaise qualité. On le fait en guise d’avertissement. Et on espère qu’ils comprendront le message qui a été lancé. Nous aurions pu procéder à des arrestations mais on n’est pas arrivé jusqu’à là », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que d’autres sites où se tiennent ces activités illicites seront aussi traqués. «Roxy n’est qu’un symbole et nous savons que la lutte nous ne pouvons pas la mener seulement à Roxy. Il y a d’autres sites que nous connaissons que nous allons attaquer bientôt », a-t-il souligné.

Traquer aussi les fournisseurs…
Si l’opération de saisie de faux médicaments est à saluée, des inquiétudes demeurent dans la mesure où ce n’est pas la première fois que de telles opérations sont menées. En effet, le marché de Roxy a plusieurs fois été fermé mais à chaque fois les activités y ont repris de plus belle. Selon P.M., un monsieur avec qui nous avons échangé, la lutte contre les médicaments de la rue demeure difficile, parce qu’il y a des pharmaciens privés et des délégués médicaux qui ravitaillent aussi les femmes qui exercent dans ce secteur. Ceci en complicité avec des grossistes répartiteurs qui ont pour souci majeur le gain. Il salue néanmoins les actions entreprises par le Ministère de la Santé et souhaite que cela puisse continuer pour que ce phénomène qui met notre pays en retard cesse. Il exhorte d’ailleurs la ministre Goudou-Coffie à «ne pas se contenter de traquer les vendeuses mais aussi ceux qui les alimentent». A l’ouverture d’un séminaire sur les performances du secteur pharmaceutique, le 20 avril 2017, Raymonde Goudou-Coffie s’est voulue très claire à ce sujet. «On me dit que certains pharmaciens sont impliqués dans la livraison. On a fait des enquêtes, j’ai eu des résultats sur leur contribution dans la livraison de médicaments au marché Roxy. Nous en avons la preuve. Pour le moment, j’ai mis le dossier sous le coude. Le gouvernement a été informé. Nous allons prendre des mesures. Si j’ai mis le dossier sous le coude, ce n’est parce que je ne veux pas sanctionner. Nous sommes engagés dans une phase de sensibilisation d’abord», avait-elle indiqué. Concernant les vendeuses dont les marchandises ont été saisies, les avis sont parfois différents. La destruction du marché de Roxy n’est pas du tout du goût de M.O., une vendeuse de médicaments que nous avons rencontrée. Pour elle, leurs médicaments ne sont pas de mauvaise qualité comme le prétendent les autorités; c’est à cause de la concurrence que la guerre leur est faite, conçoit-elle.
«On est en concurrence avec les pharmacies, c’est pourquoi les gens disent que nos médicaments ne sont pas bons. Sinon on regarde bien la date de péremption avant d’acheter les médicaments qu’on vend», estime-t-elle. Sita Koné, la présidente des femmes de Roxy, également victime de l’opération policière, n’est pas de cette avis. Elle a appelé ses consœurs à se reconvertir et lance un appel au gouvernement. «Nous demandons au gouvernement de nous aider pour une reconversion. De nombreuses femmes ont fait de la vente de ces médicaments leur activité principale», a-t-elle déclaré. Même si les autorités n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin, plusieurs personnes attendent de voir, espérant que Roxy ne renaitra pas de ses cendres, comme cela a été le cas à maintes reprises.

SOURCE : La Synthèse

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